Loggerheads
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Inspiré de faits réels, Loggerheads raconte trois histoires différentes qui commencent toutes en Caroline du Nord, le jour de la fête des mères :
A Kure Beach, Mark, un jeune et séduisant vagabond venu protéger les tortues des mers, rencontre George qui tient un petit motel sur le bord de mer.
Dans la petite ville d'Eden, Elizabeth se demande ce qui est arrivé à son fils qui a quitté le domicile familial depuis des années après une querelle avec son père, un pasteur conservateur.
A Asheville, Grace quitte son travail à l'agence de location de voiture pour tenter de retrouver le fils qu'elle a dû abandonner, étant adolescente.
Ces trois histoires finiront par se mêler pour ne faire qu'une.
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Là où des films à gros budget émergent à profusion, d'autres œuvres, aux moyens (souvent) moins conséquents et (souvent) plus pertinentes, peinent à exister . Comment, sinon, évoquer le marché cinématographique où règne de manière trop imposante une politique commerciale du divertissement menée par les puissantes maisons de production hollywoodiennes.
Par autres œuvres, j'évoque des films telles que Keane ou, dans ce cas précis, de Loggerheads, symboles d'un cinéma indépendant qui pâtit, impuissant, au profit d'un cinéma populaire omniprésent. Conséquence: des films d'auteur distribués dans moins de 10 salles (Loggerheads ou Keane projetés dans un seul et unique cinéma), des durées de projection écourtées et finalement une distribution DVD quasi inexistante.
Une plage, la nuit. Une tortue femelle dépose ses petits, encore entourés de leur coquille, et s'éloigne, seule, le long du rivage ... . C'est sur cette métaphore de l'abandon et de l'instinct maternel entre tortues et ses protagonistes que le réalisateur introduit son oeuvre.
Loggerheads s'attache à décrire un drame familial avec douceur et sobriété, évoquant à cette occasion des sujets sociétaux récurrents: l'adoption et ses conditions, le conservatisme , l'homosexualité. Aussi, le récit et sa substantifique moelle reposent sur l'établissement d'un trio incompatible que l'auteur relativise: le couple puritain, la femme abandonnant son enfant et, au milieu, le jeune homme homosexuel, tour à tour abandonné, adopté, rejeté et recherché. Dès lors, Tim Kirkman dépeint le portrait d'hommes et de femmes apparemment sans histoires pourtant rongés par le regret et la culpabilité. L'auteur propose par là même une étude des mœurs subtile et constructive: Dans quelle mesure est-il possible de renier un proche lorsqu'il est différent? Une question aussi pertinente que nécessaire dont Loggerheads s'engage à trouver une réponse. Car ce film est bien évocateur d'une Amérique en proie aux sempiternels clichés caractéristiques d'un conformisme véhiculé par les institutions, tant médiatiques que religieuses. D'où une sociéte désemparée, sans repères, lorsqu'un événement s'avère atypique ou du moins allant à l'encontre du système pré-établie.
Pas de mélodrame, d'artifices, d'aseptisation pour une œuvre dramatique optimiste, filmée de manière académique par un réalisateur soucieux d'une homogénéité filmique entre fond et forme qui, pour le coup, s'avère réussie. Ainsi, sur la forme, Loggerheads, dans une sobriété évidente, s'enchaîne au rythme des trois histoires qui, à la manière d'un Inarritu et son 21 grammes, s'entremêlent au fil d'une narration alternée.
Côté casting, composition parfaite des acteurs, notamment de Kip Pardue, débordant de sincérité dans un rôle à contre-emploi (surprenant est l'antagonisme d'interprétation qu'il a su développer vis-à-vis des Lois de l'attraction).
En somme, Loggerheads, par sa douceur, sa simplicité et sa pertinence morale, tient d'une bien belle manière le rang au sein d'un cinéma indépendant brillant mais encore peu représenté.
Adrien, le 6 décembre 2007.